Monday, May 29, 2006

Cruel rappel à la dure réalité
La nouvelle d’un tremblement de terre à Jogja (Yogyakarta) ce samedi 27 mai me choque et me désole. Et me tire brutalement de mon quotidien de banque d’affaire parisienne, me replonge dans mes 6 mois passés là-bas.
J’envisageais de revenir sur mon expérience avec un peu de recul et cette secousse est un électrochoc qui me rappelle de le faire
Qu’ai-je retiré de ces 6 mois en Indonésie ?
La question m’a laissé d’abord laissée sans voix et je prends un peu de temps pour y répondre.
- La découverte d’un pays « Immersion » disent les spécialistes des échanges culturels et linguistiques. Mon apnée dura 6 mois durant laquelle, nuits et jours, je vécus comme la frange aisée de la population indonésienne. A la lecture du Jakarta Post, en écoutant les stars locales, « Teman tapi Mesra », « Peter pan », en suivant les péripéties de la lutte anti-corruption de SBY, je plongeai dans une culture à un rythme trépidant. Le voyage culturel et politique fut aussi dépaysant que le déplacement géographique. Ce séjour en Indonésie fut donc avant tout la découverte d’un pays pleins d’atout mais en lutte continuelles contre ses démons : la corruption, l’islamisme intégriste, les catastrophes naturelles, l’appropriation forcenée et éhontée des richesses du pays par des multinationales étrangères. Si le pays se bat sans arrêt pour ces causes, je suis de ceux qui croient en un avenir radieux pour le pays. Bien sûr SBY, en tant que président fait de son mieux et les réformes avancent petit à petit. Mais une analyse géopolitique de la situation de l’Indonésie me semble être le meilleur garant d’espoir. Pays musulman le plus peuplé du monde, dans islamisme modéré qui sait cohabiter pacifiquement avec d’autres religions, l’Indonésie devrait être un modèle pour éviter le choc des civilisations. Gorgés de richesses naturelles, elle a de puissants alliés (les Etats-Unis ) auxquels elles ne sacrifient pourtant pas tout. Enfin les récentes catastrophes qu’elle a subies, pour terrible qu’elles soient, attirent l’œil des médias internationaux sur une jeune démocratie en plein progrès et laissent présager des partenariats à long terme pour commencer à contrebalancer l’influence de l’omniprésente et omnipotente Chine.
- Un oeil neuf sur la France : la découverte de mon pays. Jamais je ne me suis senti français qu’en Indonésie. Jamais je n’ai autant apprécié les livres français qu’à Jakarta. Est-ce la distance ?, faut-il s’éloigner pour se rendre compte du génie de nos auteurs ? Mais la France c’est aussi le blocage, l’immobilisme, l’absence de vision d’un pays qui fut grand et qui semble croire qu’il méritera toujours ses privilèges quoiqu’il arrive. Pour avoir vu des femmes enceintes indonésiennes, travailler de nuit dans la rue à pousser des chariots et faire la cuisine, je me rends compte que la seule richesse n’est que le fruit du travail et qu‘un jour le réajustement sera cruel…
- Des habitants ouverts, honnêtes et sympathiques. Pour Damien, l’Indonésie était le pays des bisounours. En effet c’est en Indonésie que j’ai rencontré les gens les plus honnêtes et accueillants que je connaisse. Rien à voir avec ces cercles français au seuil duquel on attend quelques années avant d’être introduit. Là-bas l’accueil est chaleureux, immédiat et franc, désintéressé. Je ne me jamais suis senti en danger dans les bidonvilles malgré les années de salaire local que j’avais dans les poches.
- Enfin j’ai touché du doigt la condition d’expats, qui a ses avantages (cf la piscine, le chauffeur, le pouvoir d’achat …) mais pleines de relent de colonialisme, fait parfois mal au cœur car il si facile d’oublier d’être humble.
En conclusion un pays idéal pour un stage de 6 mois, car le pays est en mouvement mais l’on est en sécurité ; les gens y sont accueillants et la langue facile à apprendre. Au bout de 6 mois, on peut espérer comprendre les blagues des vendeurs de beignets dans la rue.
Au final, j’ai gagné une confiance en l’avenir, une distance critique vis à vis de notre vie quotidienne d’enfants gâtés de pays développés et une admiration sans bornes pour ces Indonésiens qui arrivent à rire franchement des épreuves de leur vie
Bonne chance à toi, Indonésie sur le chemin du développement. Il n’est pas exclus que nos routes se croisent à nouveau.