Friday, February 10, 2006

 

Indonésie : Etat de Décorruption avancé ?

Avant de quitter l’Indonésie, je désirais écrire quelque chose sur la corruption. Laissons donc de côté les quelques dernières escapades à droite et à gauche pour m’attaquer au cancer administratif qui ronge la première économie du Sud-est asiatique, à ce tsunami lent qui entrave toute tentative de développement à long terme du pays.

La corruption est endémique en Asie : seuls la Malaisie et Singapour se distinguent par des indices de corruption inférieurs à 5. La corruption est également le lot commun de la plupart des pays en voie de développement.
Elle touche évidemment de plein fouet l’Indonésie qui réunit ces deux critères et est classée au 137 ème rang mondial de l’indice 2005 de perception de la corruption de Transparency International (sentiment des business man et analystes économiques)/155 .Toujours d’après TI, l’Indonésie détient le record du chef d’état le plus corrompu : Suharto aurait détourné entre 15 et 35 Milliards de dollars entre 1965 et 1998.

Difficile de définir la corruption : Je pense qu’au sens chimique du terme, il s’agit de la transformation d’un élément par la présence d’un autre élément…Au sens économique, la plupart du temps, cet élément étranger est l’argent mais cela peut aussi bien être le pouvoir ……..
Bref la corruption est une pratique illicite, visant à obtenir d'un personnage possédant un pouvoir un avantage moyennant un autre avantage, ou une somme d'argent.
Intimement lié au pouvoir, la corruption concerne avant tout l’Etat par le biais de passe droit mais elle se manifeste aussi dans les entreprises privées sous forme de faux appels d’offre….La corruption fleurie évidemment en Indonésie où près de 70% du poids économique est contrôlé par l’Etat. Elle touche avant tout les parties politiques, toutes sortes d’administration, et la justice.
A Jakarta, la corruption se manifeste rarement directement mais au travers de nombreux petits détails de la vie quotidienne. Par exemple il est impossible de se garer quelques part dans Jakarta, sans payer 2000 roupies à un Indonésien qui s’autoproclame gardien de parking….sans rien garder d’ailleurs. Lorsque l’on se fait arrêter par un flic, il est toujours plus rapide de régler ses problèmes avec un billet de 50 000 (4.5 €) que de parlementer même si la seule faute commise est celle de s’être arrêté au feu rouge alors que la plupart des Indonésiens continuaient tranquillement leur chemin (N’est-ce pas Damien ?). Ne pas obtempérer peut conduire assez loin, et certains des mes amis ont passé la nuit au poste pour avoir refusé de payer un pots de vin de quelques €. Difficile donc de résister malgré toute la bonne volonté du monde.
Evidemment, toutes les formalités administratives sont grandement facilitées par des intermédiaires : des agents qui soudoient la bonne personne…Ainsi l’obtention d’un permis de conduire coûte 100 000 de façon régulière et nécessite une journée de formalités administratives.( Trajet et files d’attente compris). Passer par un agent ne coûte que 300 000 et nécessite seulement un coup de fil …..Le topo est le même pour la plupart des Visas…..et autorisation…
C’est évidemment la même chose au niveau des entreprises qui elles aussi, ne peuvent pas se passer d’agents. Même si elles maquillent un peu les faits en inventant tout un jargon hypocrite « Il est question d’arrangeurs, de lobbyistes ,….etc…parfois même de termes plus obscurs ESP, LTA etc…. ». L’expression consacrée est apparemment « on monte un dossier », ce qui signifie que quelque part en bout de course il y aura une enveloppe à la clef. Et que ce sera ensuite la course à la facture (Vrai ou fausses) pour justifier ces dépenses. Une autre méthode très classique est la facturation de service semi fictifs avec une part réellement payé et l’autre qui sert à la justification de frais annexes. Il faut dire que le Fisc indonésien n’a pas encore atteint l’efficacité de son homologue français….et que les délations ne sont pas autant rémunérées.
Il faut dire que parfois la corruption est vue comme un acte économique rationnel par certaines sociétés en dehors de toute considération morale. Il est souvent aléatoire d’entamer des procédures longues (une dizaine de mois pour l’immatriculation d’une société étrangère), dont il est difficile de prévoir l’issue. Et bien de sociétés préfère payer plus cher la certitude de pouvoir opérer qu’attendre durant de long mois en vain….On pourrait dire qu’au final l’économie Indonésienne est gagnante car la corruption permet ainsi de contourner les lourdeurs administratives, d’inciter les investissements et surtout d’éviter l’ennemi économique numéro 1 :le risque….
Attention aux raccourcis hâtifs cependant ! En effet, certaines lenteurs sont créées artificiellement par les agents administratifs eux-mêmes qui demandent ensuite tranquillement des compensations pour les passe-droits octroyés.

Sous Suharto, la corruption était institutionnalisée, les tarifs quasi publics et il suffisait d’arroser quelqu’un de l’entourage du président pour être tranquille. Mais après sa démission 1998 en plein cœur de la crise asiatique, tout le monde s’est mis à devoir corrompre pour survivre et maintenir son niveau de vie… Il s’en est suivi une prolifération de micro cas de corruption, et il fallait corrompre à tous les échelons pour arriver à obtenir une autorisation. Cela a paralysé le pays et l’a d’avantage enfoncé dans la crise asiatique….LA chute d’un dictateur corrompu a donc conduit dans un premier temps à davantage de corruption, et les investissements étrangers se sont partis en chute libre après 1998. Comme disait un de mes profs Meiller, « le capitalisme aime les chars » cf Tien An Men 1989….

Néanmoins les pouvoirs publics indonésiens ont maintenant clairement conscience du problème….et s’attaquent depuis quelques années sérieusement. 83% des indonésiens estiment que de grand progrès ont été accomplis depuis quelques années et sont optimistes (TI 2005 toujours)

Alors l’Indonésie : Etat de décorruption avancé ? Difficile à dire car les « draft case » font régulièrement la une des journaux locaux. Les derniers scandales concernent par exemple l’ancien ministres des affaires religieuses qui aurait détourné des millions à l’origine destiné à subventionner le pèlerinage à la Mecque .L’octroi de prêt à des conditions avantageuses par les dirigeants de grande banque d’Etat. L’homme anti-corruption de l’année 2005 en Indonésie est lui –même aussi poursuivi pour corruption. Cette lutte anti-corruption elle-même n’est pas exempte de dangers pour l’économie. Aussi bien le ministère de la Justice, que celui de l’économie que la police , l’armée et un ministère spécialisé traquent la corruption à tous les coins de rues…et se contredisent souvent, dans une atmosphère de fins de règne et de luttes intestines. Tel qui a dénoncé une affaire se verra lui aussi immédiatement poursuivi….. Aujourd’hui près de 200 dirigeants des entreprises les plus importantes en Indonésie sont mis en examen et doivent se soumettre à la moindre convocation de ces multiples organes anti-corruption sous peine de passer pour coupable. Il devient dans cette atmosphère de psychose très difficile de prendre des décisions car une faute de bonne foi peut être facilement interprétée comme un cas de collusion….
Le mieux est de ne rien décider comme ça pas de problème au moins…..quitte à paralyser le pays

Bref trois recommandations à mon petit niveau :
-Augmenter le salaire de misère des fonctionnaires et policiers…..
-Clarifier et simplifier toutes les procédures administratives et judiciaires
-Décerner le monopôle de la lutte anti corruption à une agence (et veillant toutefois à contrebalancer son pouvoir)….

Plus facile à dire qu’a faire…….

Bref la lutte anti corruption n’est pas chose aisé. Et l’opération « Tangan-tangan bersih » ( Mains propres) est toujours en cours….

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